Hiroshima-Miyajima : L'ombre et la mer
Après Kyoto, j'ai continué vers le sud, vers Hiroshima.
Après Kyoto, j'ai continué vers le sud, vers Hiroshima.
Aujourd'hui cette ville est propre, moderne, tranquille. Rien ne laisse deviner, au premier regard, l'ampleur de ce qui s'est passé ici. Et pourtant, l'ombre est là, concentrée dans un endroit précis pour rappeler sans détour, sans excès, mais sans épargner : le musée de la Bombe atomique.

J'y suis rentrée en pensant que je connaissais déjà l'histoire. Mais les images, les objets carbonisés, les récits... tout m'a traversée. Je me suis sentie très petite, très triste. C'était un choc physique, quasi viscéral. Dans le musée, j'ai lu ces mots : « No more Hiroshima ».
Et pourtant ailleurs, aujourd'hui encore, les bombes tombent sur des civils, des enfants meurent, des maisons disparaissent. Comme à Gaza, où les images ne sont pas si différentes dans l'horreur qu'elles racontent. Les noms changent, les visages changent, mais la douleur est la même. On répète que cela ne doit plus jamais arriver. Et pourtant, ça continue.
En travaillant dans l'humanitaire, je porte déjà ces histoires avec moi. Mais ici, elles m'ont frappé autrement. Parce que le musée ne parle pas seulement d'un évènement passé, il parle de ce que l'humanité est capable de faire – et de refaire.
En quittant le musée, je me suis promise de lire Pluie noire de Masuji Ibuse. J'avais souvent entendu parler de ce roman, sans jamais prendre le temps de l'ouvrir. Après cette visite, j'ai eu l'impression que certains lieux demandent à être compris une seconde fois, à travers les mots de ceux qui les ont vécus.
En sortant, j'ai marché un peu dans les rues neuves et larges. Mais je ne voyais plus grand-chose. Tout me paraissait froid, gris, désolé. C'était peut-être moi. Ou la ville qui garde cette distance par nécessité. Ou les deux.


Le lendemain, je suis partie pour l'Île de Miyajima, en ferry. La traversée m'a fait du bien.
Et à l'arrivée, une des premières rencontres que j'ai faites c'était avec une biche. Elle s'approchait des passants, doucement, sans peur. Elle m'a laissée la caresser.
J'ai quitté la route principale, bordée de boutiques et de restaurants et j'ai marché dans la forêt. Une randonnée tranquille, en montée, vers un temple tout en haut.
Puis, en redescendant, j'ai croisé un petit étang rempli des carpes. Le Japon dans un miroir d'eau. Un symbole simple mais fort. Les carpes nagent, patientes, colorées, pleines de lenteur. Et moi j'étais un peu plus ressourcée.
La mer, les arbres, les animaux, l'air… tout était parfaitement à sa place. Rien à réparer, rien à expliquer.
Miyajima m'a offert un autre visage du Japon. Comme si, après avoir regardé l'humanité dans ce qu'elle a de plus sombre, l'île rappelait qu'il existe aussi des lieux où le silence apaise sans faire oublier.
Après Kyoto, j'ai continué vers le sud, vers Hiroshima.
Après Tokyo, j'ai pris le train vers Kyoto. Et dès mon arrivée, j'ai senti que le rythme était différent.