Mima : Indigo et surprises au cœur de montagnes

24/11/2022

De Takamatsu, j'ai poursuivi mon voyage vers Mima, une petite ville isolée au cœur des montagnes du Shikoku

Il m'a fallu prendre trois trains locaux pour y arriver. A' mi-chemin, je me suis arrêtée dans une gare minuscule, qui ressemblait plus à une maison abandonnée qu'à une station. Je me suis demandé si elle fonctionnait encore ! Et pourtant, le train est arrivé à la minute exacte indiquée en ligne. 

Au Japon, la ponctualité est une affaire presque sacrée – les conducteurs des trains grande vitesse (Shinkansen) peuvent présenter leurs démissions pour un retard de deux minutes. Cette rigueur m'a impressionnée.

A' Mima, j'avais réservé une chambre via Airbnb. La propriétaire est venue me chercher à la gare et, pour ma surprise, je n'ai pas logé dans un appartement indépendant : j'étais chez elle, avec sa famille – trois garçons pleins de vie - et deux touristes japonaises de passage. 

De mon arrivée, elle m'a tendu une enveloppe contenant de l'argent. Elle m'a expliqué que cela venait de l'office du tourisme, qui, après le Covid, souhaitait encourager les visiteurs à découvrir l'artisanat local et soutenir l'économie de la région. J'ai trouvé ce geste très généreux et improbable.

Atelier de teinture à l'indigo à Mima, Shikoku — Japon

Le lendemain, je me suis retrouvée dans un atelier traditionnel de teinture à l'indigo, une pratique séculaire là-bas, rendue possible par la richesse des persicaires à indigo qui poussent au bord de la rivière locale, Yishino

J'ai adoré plonger mes mains dans la cuve et voir le tissu se transformer en ce bleu profond, presque hypnotique. 

Un moment suspendu, où l'artisanat devenait une méditation.


Pendant deux jours, j'ai partagé la vie de cette famille : nous avons mangée ensemble, assis sur nos genoux autour d'une table basse couvertes d'une multitude de petits plats. L'exercice m'a demandé une certaine endurance – après une demi-heure dans cette posture, j'ai commencé à me demander pourquoi un peuple si évolué n'avait pas pensé à utiliser…la chaise ! Mais le raffinement et la variété des repas faisaient vite oublier ces fourmillements dans les jambes. 

Deux heures de préparation pour un festin minutieux, colore et pourtant très quotidien. J'ai acheté une bouteille de vin, nous avons ri ensemble, comme si je faisais partie de la maison.

Et puis, j'ai découvert un détail inattendu : ma logeuse était en réalité dessinatrice de mangas érotiques. Une révélation surprenante, mais aussi très japonaise dans ce contraste entre vie familiale discrète et univers artistique plus sulfureux. J'ai même pu jeter un œil à son travail : un monde à la fois étrange et fascinant, qui tranchait avec l'image paisible de la maison. Cela m'a rappelé Out, où la banalité du quotidien cache des zones d'ombres insoupçonnées.

Mima restera pour moi une étape douce et déroutante : une immersion locale où se sont mêlés l'hospitalité, tradition artisanale et surprises inattendues. Un Japon intime, que je n'aurais jamais pu découvrir sans ce détour.

Carnet de voyage

Après Naoshima, j'ai pris le ferry pour rejoindre Takamatsu, capitale du Shikoku. Cette île, moins connue des touristes, est célèbre pour son pèlerinage des 88 temples, une sorte de Compostelle japonais, qui traverse montagnes et villages.

Après Hiroshima, j'ai pris le train jusqu'à Uno, puis un ferry vers Naoshima, petite île posée dans la mer intérieure de Seto. À peine 4 000 habitants. Aujourd'hui connue comme un musée à ciel ouvert, elle fut autrefois une île industrielle, dominée par une raffinerie de cuivre. Une histoire lourde, transformée avec le temps en écrin...

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